Intelligence collective et digital

Intelligence collective et digital

intelligence collective

Si l’intelligence collective n’est pas née avec le digital, le digital n’en constitue pas moins un levier puissant pour le meilleur et pour le pire…

L’intelligence collective permet à une communauté de réfléchir et de concevoir grâce à l’augmentation de ses capacités cognitives tirée de la fréquence et de l’intensité des interactions entre ses membres.

Pierre Lévy, universitaire canadien, est considéré comme l’inventeur du concept. Il a rédigé, en 1994 « l’intelligence collective ». Il y a rédigé la définition la plus partagée.

« L’intelligence collective, une intelligence partout distribuée, sans cesse valorisée, coordonnée en temps réel, qui aboutit à une mobilisation effective des compétences. »

L’intelligence collective n’est pas née avec le digital

L’homme dispose de neurones miroirs qui lui permettent d’appréhender et imiter les gestes des êtres placés dans son environnement. Cette captation et intégration sont si fortes qu’il ressent les émotions des autres.

L’homme est doué d’intelligence sociale. Il lit et se représente ce qui se passe dans l’esprit des autres. Il explique ou anticipe leur comportement. La théorie de l’esprit désigne l’aptitude cognitive permettant à un individu d’attribuer des états mentaux inobservables (ex : intention, désir, croyance1…) à soi-même ou à d’autres individus.

L’homme s’est doté de l’écriture il y a plus de 5 000 ans puis d’autres médias qui lui permettent de partager des informations autrement éparpillées. Il accède à des informations et peut assimiler des process mentaux complexes issus des sciences.

L’homme se construit dans son rapport aux autres. L’homme s’est doté d’institutions de lieux et de moment où les échanges forgent un cadre de référent commun. L’art, le sport, l’enseignement et la politique créent un creuset où chacun se développe en bénéficiant d’un capital constitué et d’une communauté.

Il est un être culturel capable de partager des référents et des modes opératoires qui agissent sur sa représentation et sur ses actions dans son environnement et avec ses compères…

L’évolution de la pédagogie et des neurosciences ont développé des approches efficaces pour améliorer notre capacité de réfléchir ensemble.

Le co développement est vraisemblablement une des méthodes les plus utilisées dans le champ du management. En créant les conditions d’un questionnement et d’une exploration collective, cette méthode freine la propension individuelle à donner une solution à partir d’une inspiration immédiate.

Un groupe dispose d’informations diversifiées e challenge la formulation de solutions robustes. La réflexion est le fait d’un collectif suivant un processus commun refreinant les fonctionnements spontanés individuels.

Le digital accroit potentiellement notre intelligence collaborative

Dans son ouvrage « Petite Poucette », Michel Serres considère le digital comme une troisième étape dans le développement humain.

Il caractérise trois grandes révolutions :

  1. De l’oral à l’écrit
  2. De l’écrit à l’imprimé
  3. Le monde digital ; informations partagées et populations connectées.

Michel Serres anticipe que cette révolution nous modifiera en profondeur.

Joël de Rosnay, considère que notre environnement numérique et les sollicitations permanentes qu’il engendre nous modifient en profondeur. Un nouvel humain se forge.

Le développement des applications et des plates forme collaboratives modifie notre rapport au travail intellectuel et le management de projet.

La mémoire ne sollicite plus un capital patrimonial de connaissances, elle valorise la connaissance des sources et des accès disponibles sur le net.

De nombreux spectateurs de jeux télévisés gardent sur leurs genoux leur tablette ouvertes afin de trouver les réponses posées au candidat…

La plupart des élèves et étudiants ont intégré le potentiel informationnel du net dans la conduite de leurs travaux.

L’enjeu sera d’apprendre à se mouvoir dans un monde d’infobésité et d’échapper aux stratégies d’influence explicites ou non qui s’y développent.

Les technologies persuasives détruisent les fondements de l’intelligence collective

Les réseaux sociaux et les GAFAM notamment captent et exploitent des données qui nous caractérisent.

Elles entendent nous influencer dans nos comportements d’achats et plus globalement dans tous les aspects de notre vie sociale jusqu’à influencer nos choix politiques.

Pour nous tenir en haleine, elle flatte nos préférences immédiates en nous proposant ce qui nous plait…Elle crée de l’addiction en stimulant notre quotidien.

Nous n’accédons plus aux mêmes informations, nous sommes orientées avec notre complicité passive. Ne partageant plus les mêmes bases d’informations, la société se polarise et les communautés s’affrontent entre elles. On ne s’entend plus, on s’exaspère !

Les algorithmes structurent le monde auquel nous sommes confrontés. L’intelligence artificielle impose les modèles reproduisant les stéréotypes de leurs auteurs sans que nous puissions en juger…

La question éthique de l’usage du digital est aujourd’hui posées. La RGPD est une première réponse positive.

L’intelligence collective s’est développée très rapidement ces dernières décennies.

Nous sommes à une bifurcation (suivant le terme de Prigogine, prix Nobel) soit le digital supporte l’expansion de l’intelligence collective soit il favorise des archaïsmes préjudiciables à un développement humaniste.

Il en est du digital comme de toutes techniques nouvelles, il s’agit de la maitriser…il est temps de s’en rendre compte.

A voir Sur Netflix en ce moment :

The social dilemma

https://www.youtube.com/watch?v=uaaC57tcci0

Coded Bias : Algorithmes et discrimination

https://www.youtube.com/watch?v=jZl55PsfZJQ

 

Christian Darvogne

Associé Co.Devenir

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